05 juin 2009

Les éperdument hérissés

revenir.jpgIl est revenu, le regard éteint, les traits tirés, les larmes au bord de l'âme, sans un mot, il est entré, à nouveau, dans ma vie. Gabriel, l'éternel, pas oublié, juste effacé, mis de coté, à réinventer. Entre ses bras, au creux de nos entre-peaux, respirer sa présence à mes silences, à la chaleur de son cœur, dans le noir, d'un regard, qui se perd, à froid, dans l'imaginaire d'un temps, déboussolé, qui se joue de lui. Sur son épaule, un dessin tribal, du bout du doigt, caresse, imagine, quelques lettres, dialecte, encre de chine ténébreuse, définitive, magique, un souffle de sa bouche, à mon oreille, me raconte, m'émousse, encore un peu. Me planter à son désir dressé, insolente, clôturer l'instant d'une jouissance, apothéose, provisoire, en suspension à ses allers-retours, et dans un cri, m'échappe, à petit feu, ce qui me consume. Impuissances, à retenir ce qui fuit, en avant, entre les pores et quelques brisures d'étoiles, tombées du ciel, accrochées à ses nuits ternies, que sa lumière soit, pour moi, à jamais, sans toujours, mon amour. J'ai broyé mes sentiments, en poudre, par hasard, au bord d'une route, j'en ai frotté les heures, pour qu'elles brillent, si peu, rayées, j'arrête plus de rejouer ce qui m'a manqué, c'est une erreur, une fabuleuse démence, dépendance à tes errances.

14:54 Publié dans Gabriel | Commentaires (31) | Tags : a la vie tombante

19 décembre 2007

6 - Gabriel, En vie

8a6ba3da83eba13966b5613914fe9b58.jpgJ’écoutais, en silence n’osant rompre par des questions ces moments rares, les gardant en mémoire pour plus tard...

Je pourrais tant en dire sur Gabriel ou si peu, des évidences sur des silences, des absences donnant corps à sa présence, éphémère, au combien précieuse. Quand au milieu de la nuit, sous l’effet d’une quelconque envie, je le voyais venir, je ne pouvais qu’en sourire, heureuse simplement de le voir, encore, équilibre fragile et pourtant de lui est née une confiance sans faille, inébranlable. Il donnait cette espèce de tendresse carnivore qu’on s’arrache au-delà du désir, une façon de se perdre pour oublier, pour ne plus penser. Entre ses bras j’étais reine en son royaume, enfin belle, contre sa peau je devenais déesse. Il s’abandonnait, les yeux fermés, semblant goûter chaque instant comme si c’était le dernier, la fin de lui, de nous, de tout. Il en avait trop vu, trop entendu, pleurant, souvent dans son sommeil, pour partir au petit matin, un demi-sourire sur ses lèvres et l’adieu dans un dernier regard, jeté par défi. Et il revenait, quelques jours, mois, après, sans prévenir, porter par un caprice. Gabriel, je l’ai peut être inventé, rêvé, imaginé, ou pas, il est peut être là dans un coin de ma vie, à me raconter des histoires. Je n'ai jamais voulu voir le papier, préférant croire à ces voyages sur le fil du temps, cherchant avec lui des réponses qu’on ne trouvait pas. On passait des heures plongés dans de vieux bouquins. Au détour d'une page, il reconnaît même, parfois, un visage croisé par hasard, quelque part …

15:35 Publié dans Gabriel | Commentaires (9)

05 décembre 2007

5 - Gabriel, Au coeur de la "Terre des dieux"

a5eddd14292e6009ea992bdfe056ffc4.jpgGabriel ouvre les yeux … déjà moins secoué que lors de son précédent voyage, il est assis contre un mur, il vérifie qu’il tient toujours le papier dans sa main serrée, et il regarde autour de lui, frappé par l’émotion, la peur, des gens par milliers courent paniqués … au loin une montagne, crachant une muée, la projetant haut vers le ciel, formant le tronc d’un arbre immense à la tête en rameaux, à la couleur changeante tantôt blanche, presque indécente, tantôt noir, fatale.

Gabriel devine un volcan au plus fort de sa colère, une cendre épaisse à en être presque solide comme ces éclats de rocher qui volent aussi, marqués par le feu d’un enfer qui veut sortir de terre. Et les gens courent, autour, cherchant la mer pour une fuite qui ne viendra pas, en l’absence de profondeur comme refoulée, fuyant-elle aussi cette terre qui s’ébranle. Partout des flammes qui embrasent les ténèbres, un jour comme une nuit trop sombre, trop lourde, marquée par les lueurs des feux sauvages. Le sol tremble lui aussi, en accord parfait. Les maisons s’affaissent, réduites en un instant à un paquet de décombres en vrac. La muée mortelle est blessée et de ses plaies jaillissent encore des flammes venues de nulle part ou peut être du souffle d’un démon cruel, frappant d’éclairs les simples mortels.

Gabriel réalise qu’il ne sent pas la chaleur, ni le vent, aucune douleur ne vient frapper son corps, il n’est qu’un simple observateur impuissant, face à un événement, mais pourquoi un tel moment, pourquoi le jeter ainsi dans cet instant de mort imminente.

Terre, mer fusionnent vite sous un voile de cendres qui s’étend comme un torrent, qui coule sur les traces des fuyards. Gémissements, cris, douleurs, les pleurs d’enfants et des hommes, cherchant dans le noir à se retrouver ou appelant la mort. Pères, mères, maris, femmes, fils, filles. Des mains se dressent dans des prières à des dieux absents en ces lieux, en cette nuit ultime.

A quelques mètres de Gabriel, une mère offre à son enfant, la chair de sa chair, un sarcophage pour ce dernier voyage, son corps en linceul, ses mains en caresses, sa bouche murmurant des mots d’amour, pour un dernier voyage. Et tout autour le paysage, la vie, disparaissent, comme sous un épais manteau de neige.

Etourdi, figé, toujours incapable de bouger, Gabriel se dit qu’il lui faut partir, et se doute qu’il trouvera maintenant sur le papier, de nouveaux mots, pour cette quête qu’il n’arrive pas à deviner, qu’il redoute mais étrangement la colère s’est estompée, et sur le papier il peut lire, toujours à l'encre noire, l'écriture appliquée presque scolaire :

« Ta destinée est de trouver le trésor »
« Le temps t’est offert pour y arrivé»
« 24 août 79, éruption du Vésuve, Pompéi disparaît, les habitant se préparaient à fêter les Vulcanalia sacrificiels pour amadouer le dieu du feu»

Et encore, en plus petit, en bas de la page "Transfert"… Gabriel disparaît …



 

Très largement inspiré des lettres de Pline le Jeune

11:50 Publié dans Gabriel | Commentaires (17)

26 novembre 2007

4 - Gabriel, A la nuit.

96c5e10fafac63f03a20e919e494b594.jpgIl m’a fallu des jours pour le croiser, des semaines pour lui parler, des mois pour le connaître, des années pour l’aimer. Gabriel n’est pas un ange, Gabriel est une énigme, un homme, qui comme beaucoup d’autres a cette faculté de jouer du secret pour provoquer l’attirance, cette facilité à blesser en toute innocence, se justifiant d’une protection ou de raisons qu’il ne saurait être question de dévoiler au risque de devenir plus fragile, un état qui ne sied pas à un mystère. Gabriel m’a donné son corps, jamais son cœur, Gabriel m’a offert des nuits, jamais des jours, j’ai vu les étoiles au fond de ses yeux jamais le soleil dans ses cheveux. Il est un rêve éveillé, de ceux à qui ont met des ailes à l’aube en les quittant pour ne pas voir le feu de l’enfer qui les ronge. Il a dévoilé, mais si peu, racontant des histoires tellement fantastiques que cela en devient tragique, j’écoutais, en silence n’osant rompre par des questions ces moments rares, les gardant en mémoire pour plus tard ...

15:45 Publié dans Gabriel | Commentaires (18)

21 novembre 2007

3 - Gabriel, le cadeau

5a9b3f98f78b20a21b6689b7053de389.jpgGabriel ouvre les yeux …

La nausée au bord des lèvres, et une main crispée sur le bout de papier. Que c’est-il passé, où est-il, il se sent très mal n’arrivant pas à fixer son attention sur ce qui l’entoure, espérant retrouver sa chambre de motel sordide, appréhendant surtout que cela ne soit pas le cas et il referme très vite ses paupières occultant ainsi son regard, pour quelques minutes, le temps de reprendre son souffle et ses esprits.
Il s’est senti disparaître, comme vaporisé, chaque cellules de son corps se séparant les unes des autres, il a encore dans la bouche le goût acide et amer de la terreur d’en être conscient, réellement et totalement et il a surtout sur le cœur ce pitoyable regret d’avoir à nouveau ouvert les yeux, que ce voyage n’ait pas été la fin qu’il attendait depuis si longtemps.
Et maintenant il devine son corps reposant tant bien que mal sur le sol, il entend le vent qui joue avec des arbres, la musique d’une eau qui coule, il la devine là sur sa droite, il a soif, infiniment, cruellement, il sent des odeurs qui l’accrochent, oubliées depuis longtemps, la terre humide, les fleurs, l’air lui-même et son parfum incomparable, la douceur de sa caresse sur sa peau et cette sensation d’être offert à une nature chaleureuse et tendre, d’être blotti au creux de sa fraîcheur, d’être lové au plus profond d’un amour.
Gabriel ouvre les yeux …
Sur un toit de verdure, des étoiles de ciel se devinant à peine, et des oiseaux filant pour disparaître ensuite. Rien d’humain autour de lui, comme une évidence. Il se redresse, avec difficulté mais reste assis bien incapable en cet instant d’en faire plus et encore moins de combattre l’impossible, il est ailleurs dans un lieu qu’on ne peut même plus trouver sur terre, ça fait quelques années que les arbres ont disparus, les oiseaux également. L’eau ne coule plus librement et le vert n’est maintenant qu’artificiel.
Il regarde le papier, de loin, sans oser, timidement, il le retourne et le retourne, il se souvient des mots, doute soudain, hésite mais il lui faut les relire.


« Ta destinée est de trouver le trésor »
« Le temps t’est offert pour y arrivé»


- Le temps ? comment cela est-il possible ?

Gabriel vient d’hurler cette question.

- je refuse le temps, votre temps et cette magie que je n’arrive pas à comprendre, je vomis votre destinée, je crache sur votre trésor et votre « transfert » vous pouvez vous le co…
Et il disparaît …

20:00 Publié dans Gabriel | Commentaires (11)

20 novembre 2007

2 - Gabriel, un matin

1a272d8fa4456858edb97ab02b9e0ebb.jpgGabriel, si je peux aujourd’hui raconter l’histoire de cet homme, c’est qu’il y a quelques années, j’ai croisé son regard et ses vies par hasard. Un matin, je l’ai aperçu dans le jardin d’en face, il avait la carrure d’un vaisselier ancien et sa patine aussi. Des muscles puissants se devinaient sous la chemise aux manches retroussées. La peau brûlée par le soleil et la vie au grand air. Sans âge, chaque rides tatouées sur sa peau, faisant de son visage un parchemin antique. Et son regard, si vous aviez pu voir son regard, une profondeur envoûtante, de celle qui vous fait plonger sans qu’on ait compris ni pourquoi ni comment. Il se tenait sous le vieil arbre au milieu des pétales de fleurs rosacées tombées sous la brise de l'aurore. Sa silhouette dans ce décor comme déplacée, il aurait été plus à sa place sur le pont d’un bateau ou sur le dos d’un chameau dans un désert brûlant, aventurier plutôt que jardinier. Ne se sachant pas observé, il a sorti une enveloppe de sa poche, elle semblait usée d’avoir été longuement manipulée, il l’a décacheté pour en sortir un papier jauni, après quelques minutes j’ai pu apercevoir quelques larmes sur ses joues et une terrible douleur au fond de ses yeux. La vision qu’il offrait alors était étonnante de fragilité contrastant fortement avec son allure la seconde d’avant. Mais ce moment est passé et il est retourné à sa tache, cherchant à débusquer les dernières herbes folles de ce petit jardin, n’arrivant qu’a faire fuir une phalène blanche. De cet instant est né le besoin viscéral pour moi de savoir qui il était, et pourquoi il pleurait ainsi seul en lisant un vieux bout de papier abîmé par le temps …

 

16:30 Publié dans Gabriel | Commentaires (8)

19 novembre 2007

1 - Gabriel

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Gabriel ouvre les yeux,
Sur une sensation étrange,
Un arôme fantôme sur sa bouche un instant déposé.
Une senteur minéral dans l’air,
Il a dut s’assoupir quelques minutes,
La fumée de sa cigarette flotte encore autour de lui.
Dans sa main, une feuille où quelques mots ont été écrits,
« ta destinée est de trouver le trésor. »
Il ne comprend pas, Il n’a pas pu écrire ces mots,
Son seul stylo est vert et perdu au fond d’un tiroir quelconque.
Il lui préfère depuis longtemps l’ordinateur posé en ce moment sur le lit miteux.
Ce qu’il vient de lire a été écrit à l’encre noire,
D’une écriture appliquée presque scolaire.
Qui a bien pu écrire ces mots, un trésor et une destinée
Ca fait quelques années qu’il n’y crois plus
Lassé blasé, il a tout laissé derrière lui au fil des blessures.
Il traverse les jours, un sac plastique sur la tête, en étouffement spontané.
Sa vie est une tombe en marbre noir et froid,
Il a juste oublié d’y mettre une date de fin.
De nouveau son regard se porte sur les mots
« ta destinée est de trouver le trésor »
Un mot a été écrit en plus petit dans le coin de la page
Il déchiffre avec peine pour finalement dire à haute voix
« transfert »
et il disparaît ...

15:05 Publié dans Gabriel | Commentaires (8)